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Valentin I et les frères Rinkenbach

Valentin I Rinkenbach (14/02/1795-01/08/1862)Valentin
        II (04/01/1831-15/05/1870) et Charles Rinkenbach (29/10/1834-26/09/1869) Le
        patronyme a deux orthographes : Valentin et ses fils (dont c'est ici la page) signaient
        avec un "k".
         (1834 - 23/01/1917), et son fils
         (22/05/1876 - 04/09/1949) signaient avec
        "ck". La période 1899-1917 est couverte par la page consacrée à
        
    Valentin I Rinkenbach (14/02/1795-01/08/1862)
Valentin II (04/01/1831-15/05/1870) et Charles Rinkenbach (29/10/1834-26/09/1869)

Le patronyme a deux orthographes :
Valentin et ses fils (dont c'est ici la page) signaient avec un "k".
Martin Rinckenbach (1834 - 23/01/1917), et son fils
Joseph Rinckenbach (22/05/1876 - 04/09/1949) signaient avec "ck".
La période 1899-1917 est couverte par la page consacrée à Martin et Joseph Rinckenbach

Après la Révolution, lorsque les églises furent rendues au culte, à peu près toutes les paroisses d'Alsace et de Moselle voulurent un orgue. Il ne s'agissait pas simplement de remplacer les instruments perdus où abîmés pendant les troubles (ils furent ici assez peu nombreux à souffrir de la Révolution ; on déplore surtout des "déménagements" avec modifications effectués par des petits malins qui tenaient plus des spéculateurs que des facteurs d'orgues). C'est surtout que, cessant d'être un objet de luxe, l'orgue allait entrer "à la campagne". En quelques années, l'émulation aidant, des centaines de paroisses voulurent leur orgue. Et bien sûr, il fallait qu'ils soient abordables, solides... et adaptés aux musiciens locaux.

Ammerschwihr, pays d'orgues au Pays des orgues

La maison d'Ammerschwihr, fondée par Martin et Joseph Bergäntzel, allait, aux côtés des Callinet de Rouffach et des Stiehr (à Seltz), participer à l'aventure, et donc à la définition de l'orgue alsacien du 19ème siècle, celui qui est le plus spécifique et le plus riche, ne serait-ce qu'en raison de son étonnante diversité.

Tandis de Martin Bergäntzel était resté à Ammerschwihr, passant tant bien que mal les années de la Révolution, et son fils Joseph travailla intensivement en Suisse et en Autriche. Avec le rétablissement des cultes, les commandes reprirent en France. Mais les projets étaient nombreux, aussi, en Autriche, où Joseph avait noué des contacts. De 1815 à 1816, il avait reçu une importante commande de la part de Tschagguns (Vorarlberg, AU). Alors, pour construire ce trois-clavier de 38 jeux, il s'entoura de trois de ses neveux : Bernard Bergäntzel, Jacob Rinkenbach (1791-1857) et Valentin Rinkenbach. Ce dernier allait vite se distinguer par son talent et sa motivation. Il était le 13ème enfant de la quatrième fille de Martin Bergäntzel, Catherine (1753-1837). Celle-ci n'eut en effet pas moins de 14 enfants avec Johann Rinkenbach (1747-1826, maréchal ferrant).

Valentin se consacrait surtout à la mécanique et à l'harmonisation, Jacob Rinckenbach s'était spécialisé dans la construction des tuyaux en étain, et on laissait à Bernhard Bergäntzel le soin de confectionner la soufflerie. Mais Joseph Bergäntzel était resté célibataire, et sa mort, survenue le 14/10/1819, allait précipiter les choses. Il fallait tout d'abord achever ce qui était en cours, c'est-à-dire le 3-claviers (35 jeux, dessus d'écho) destiné à Olten (Christkatholischen Stadtkirche, Soleure, CH). L'instrument fut reçu en septembre 1821 et inauguré à la Pentecôte suivante. Valentin, qui en avait dirigé les travaux, en garda toujours une affinité pour le style de facture suisse. Il devait de toutes façons avoir ce style dans sa "culture organistique", puisque leur maître à tous : Louis Dubois, était né à Cerniévillers. C'est lui qui avait légué son art à Joseph Bergäntzel.

Même après avoir repris l'entreprise, ce n'était pas forcément à Ammerschwihr que Valentin I avait prévu de s'installer : il travailla d'abord à Lucerne (Ursulines, 1823, un orgue neuf), et s'installa non loin de là, à Willisau, où il acheva en 1826 un orgue neuf pour la paroisse. Il vint passer l'été 1826 à Ammerschwihr. Il répara l'orgue de Grussenheim (où il posera 30 ans plus tard un orgue neuf), puis signa l'accord pour l'instrument de Gunsbach en 1828 (on peut encore y voir son buffet). A la fin de l'été, il conclut un marché pour poser un orgue neuf à Rohrbach (CH / Berne).

Une fois installé en Alsace, Rinkenbach fut tout d'abord influencé (par exemple pour l'ornementation de ses buffets) par l'oeuvre de François Callinet. Mais il affirma vite son propre style, en particulier à Innenheim (1839), qui est son orgue "signature" : il est à Rinkenbach ce que Mollau (1833) fut aux frères Callinet, ou Roeschwoog (1808) aux Stiehr.

Sites  Principaux travaux avant Innenheim (1823-1839)

De 1824 datent les travaux à Lucerne, Ursulines, et Willisau (CH / Lucerne). On ne sait finalement pas grand chose de ces deux premiers instruments.

Miniature 1827 : Gunsbach (région de Munster), Eglise mixte
Remplacé par Frédéric Haerpfer (1931).
L'instrument fut gravement endommagé lors de la première guerre mondiale, ce qui donna l'occasion à Albert Schweitzer, en 1931, de définir le prototype du bon instrument de campagne, adapté à son utilisation, à ses exécutants, et à un certain répertoire. L'orgue Rinkenbach (I/P 12j, 14r) (composition connue) fut donc remplacé par Frédéric Haerpfer. Mais le buffet a été conservé. Il abrite aujourd'hui un orgue Kern.

De 1827 date l'orgue de Rohrbach (CH / Berne) (I/P 13j, 14r, sa composition est connue).

Miniature vers 1827 : Tagsdorf (région d'Altkirch), St-Blaise
Remplacé par les frères Rinkenbach (1867).
Rinkenbach n'a pas construit d'orgue pour Attenschwiller : son instrument qui s'y trouve actuellement vient de l'ancienne église de Tagsdorf, d'où il fut déménagé en 1864 à l'occasion de la construction de l'orgue neuf des frères Rinkenbach.

Miniature 1830 : Leymen (région de Huningue), St-Léger
Instrument actuel.
Il ne reste pas grand chose de Rinkenbach dans l'instrument actuel : même le buffet a été remanié. Mais il faut tout de même le comparer à celui de Winkel (1835). L'instrument modifié par Jules Besserer (facteur installé à Leymen), a été reconstruit par Christian Guerrier.

Miniature 1829 : Biesheim (région de Neuf-Brisach), St-Jean-Baptiste
Remplacé par Georges Schwenkedel (1953).
Sa composition est connue (I/P 16j, 18r), et l'instrument reçu avec éloges par le maire et l'organiste Weber : "Nous devons ajouter que l'ouvrage, tant pour la solidité de sa construction, que pour sa bonté (sur laquelle s'accordent tous les connaisseurs étrangers qui viennent le voir), ne saurait que faire l'éloge du facteur qui a pris tous les soins possibles pour donner à ces ouvrages toute la perfection donc un instrument de ce genre est susceptible)". Ceci nous confirme que les acteurs de l'Orgue de l'époque voyageaient et allaient visiter les instruments neufs : la facture était en train d'être totalement repensée. L'instrument fut entièrement détruit, avec l'église, au printemps 1945.

Miniature 1829 : Michelbach-le-Haut (région de Huningue), St-Jacques Majeur
Remplacé par Jacob Zimmermann (1895).
Cet instrument avait été conçu pour l'ancienne église. Bien que déménagé dans la nouvelle en 1868, il était probablement trop petit, et fut remplacé en 1898 (par un instrument assez exceptionnel au demeurant, réalisé par Jacob Zimmermann, de Bâle, et resté très authentique).

Miniature 1829 : Steige (région de Villé), Ste-Madeleine
Remplacé par Voit (1872), déménagé à Diebolsheim, St-Boniface.
Une fois transféré à Diebolsheim en 1876, il fut repris par Franz Kriess en 1913, puis disparut.

Valentin épousa Marie-Madeleine Bernart en 1829, et ils eurent 5 enfants, dont Valentin II (1831-1870) et Charles (1834-1869).

Miniature 1833 : Luemschwiller (région d'Altkirch), St-Christophe
Remplacé par Georges Schwenkedel (1933).
Reçu par Joseph Britschgi et l'architecte Wagner, cet instrument présente un buffet qui sera repris à maintes reprises : Logelheim la même année, Osenbach, Wasserbourg l'année suivante : 3 tourelles rondes de 5 tuyaux, la petite au milieu. 39 tuyaux en montre.

Miniature 1833 : Logelheim (région de Neuf-Brisach), St-Maurice
Instrument actuel.
Ce petit instrument, très proche de ceux de Gunsbach, Rohrbach ou Biesheim, a été bien préservé. Il doit donner une idée fiable de ce qu'avaient été ces trois autres instruments.

Miniature 1834 : Osenbach (région de Rouffach), St-Etienne
Instrument actuel.
L'orgue d'Osenbach a eu moins de chance que celui de Logelheim. En 1953, ses jeux furent répartis sur deux claviers, l'opération s'accompagnant de nombreuses modifications. L'instrument en perdit tout intérêt. Son état (injouable depuis longtemps) était encore confirmé récemment.

Miniature 1834 : Wasserbourg (région de Munster), St-Michel
Instrument actuel.
Construisit sur le modèle de Logelheim, il n'avait qu'un seul clavier et pédale. Comme à Osenbach, l'orgue de Wasserbourg fut ensuite réaménagé sur deux claviers, mais ici de façon beaucoup plus satisfaisante.

Miniature 1835 : Rustenhart (région d'Ensisheim), St-Barthélémy
Remplacé par les frères Rinkenbach (1862), déménagé à Hettenschlag, église de la Vierge Marie.
Le buffet de l'orgue aujourd'hui à Hettenschlag provient du premier orgue Rinkenbach (construit par Valentin I), 1835, de Rustenhart. Ce buffet dispose de deux oculus, dans lesquels s'inscrivent des croix. Ce motif sera caractéristique des buffets Rinkenbach. Le second orgue Rinkenbach de Rustenhart (voir ci-dessous) a été achevé par les fils de Valentin.

Miniature 1835 : Kingersheim (région de Wittenheim), St-Adelphe
Remplacé par Martin Rinckenbach (1891).
Conçu pour l'ancienne église et devenu trop petit pour la nouvelle, il fut remplacé en 1891.

Miniature 1835 : Winkel (région de Ferrette), St-Laurent
Remplacé par Alfred Berger (1930).
Le bel orgue actuel de Winkel a été construit par Alfred Berger en 1930 sur la base d'un instrument plus ancien de Valentin Rinkenbach.

Miniature 1838 : Moernach (région de Ferrette), St-Joseph
Instrument actuel.
Ici, c'est à l'évidence françois Callinet qui a influencé le dessin du buffet.

C'est sûrement le moment de parler du mystère de Heimsbrunn. Il s'agit presque à coup sûr d'un buffet Callinet (dessin et ornementation ne laissent pratiquement aucun doute), mais l'analyse de la facture montre que la partie instrumentale est probablement de Valentin Rinkenbach. En 2002, l'instrument a été confié à la maison Kern, et le démontage a eu lieu fin décembre 2002. Ayant renoncé à essayer d'obtenir des informations de cette maison, nous ne pourrons ici rien ajouter concernant ce relevage ou l'attribution à Rinkenbach ou Callinet (et en 2011-2012, la municipalité a d'autres problèmes que l'orgue...) Seules certitudes : en 2011, il était remonté ; et à Heimsbrunn, on aime les lentilles.

Miniature 1836 : Horbourg-Wihr (région d'Andolsheim), Eglise protestante St-Michel (Wihr)
Remplacé par Martin et Joseph Rinckenbach (1908).
Le buffet, conservé, abrite aujourd'hui un instrument de 1981.

Miniature 1838 : Koestlach (région de Ferrette), St-Léger
Instrument actuel.
C'est l'un des grands témoins de la facture de Valentin Rinkenbach : il est resté entièrement authentique (sauf la façade), et ses tailles ont servi de modèle pour reconstituer les jeux manquants de l'orgue de Zellenberg. L'ornementation du positif, avec ses éléments déjà néo-gothiques (claire-voie), est très intéressante.

Miniature 1839 : Rixheim (région de Habsheim), St-Léger
Instrument actuel.
En 1838, Valentin Rinkenbach (neveu de Martin Bergäntzel et successeur de Joseph) reconstruit à Rixheim un positif de dos, un sommier de pédale, ainsi que la mécanique. En 1860, il dut revenir, cette fois pour changer le grand-orgue. Si bien que l'attribution de cet orgue à Martin Bergäntzel (motivée par la conservation du magnifique buffet et le fait qu'il venait probablement des Franciscains de Kaysersberg) est quelque peu discutable.

Sites  Définition d'un style spécifique (1839-1842)

Miniature 1839 : Innenheim (région d'Obernai), St-Martin
Instrument actuel.
En 1839 à Innenheim, Valentin affirma encore plus son propre style en réalisant pour la première fois un buffet au dessin original. Ce dessin est ensuite resté, jusqu'à sa mort, sa signature visuelle de ce facteur: tourelles rondes, places-aces en arcs, chevron sommital unique donnant à l'instrument la même hauteur partout. Il s'associera à une ornementation spécifique : draperies, oculus (apparu en 1835), culots tournés, pots à fleurs et jouées. Le buffet d'Innenheim était certainement doté à l'origine de pots à fleur, et de jouées (comme à Reinhardsmunster).

Les instruments inspirés par celui d'Innenheim (1839) sont nombreux : Wahlbach (1839), Zellenberg (1841), Soppe-le-Bas (1842), Le Bonhomme (1842), Bisel (1843), (1843), Oberbruck (1845), Weckolsheim (1848), Magstatt-le-Bas (1851), Magstatt-le-Haut (1851), Ruederbach (1852). Rohr(1853), Reinhardsmunster (1856) et Staffelfelden (1861) en étant des évolutions plus tardives. Beblenheim (1843) ainsi que Liebenswiller (1846) en sont des réductions sans tourelle centrale.

Lors de la négociation pour l'orgue de Sewen, Sewen, en décembre 1840, Valentin indique qu'il travaille alors sur son 39ème orgue. Il y a donc jusqu'ici plus d'une dixaine d'ouvrages qui n'ont pas laissé de trace.

Miniature 1840 : Wittersdorf (région d'Altkirch), Sts-Pierre-et-Paul
Instrument actuel.
Le "style Innenheim" est ici décliné "en grand", avec Oberwerk. Du coup, la ligne sommitale n'est plus ininterrompue, et la grandes tourelles prennent un look "lorrain", bien agréable, comme s'il s'agissait de trompes de pédale. Il y a des pots à feu, mais ils sont placés sur les plates-faces, contre les tourelles (peut-être par manque de hauteur). La partie instrumentale a été fortement modifiée tout au long du 20ème siècle.

Miniature 1840 : Griesheim-près-Molsheim (région de Rosheim), St-Alexis
Remplacé par Martin Rinckenbach (1884), déménagé à Wahlbach, St-Maurice.
Cet instrument avait été construit pour l'ancienne église de Griesheim (au sud-est du village, au-delà du Rosenmeer, là où se situe aujourd'hui la chapelle du cimetière). Le choix du facteur n'était pas étonnant : Valentin était le beau-frère du curé Georges Bernhart, qui officiait à Griesheim depuis 1836. L'orgue a été démonté en 1884 et repris par Martin Rinckenbach, puis remonté à Wahlbach. L'instrument fait partie de la "lignée Innenheim". A part la façade et certains ornements (pots à fleur et de jouées ont disparu, comme à Innenheim), il est resté authentique. [IHOA:p67b,213a] [ITOA:3p217] [Caecilia:1998/4p31]

Miniature 1841 : Westhalten (région de Rouffach), St-Blaise
Instrument actuel.
Partie instrumentale classée Monument Historique (13/09/1982).
Le "style Innenheim" est ici décliné dans une version avec positif de dos. On y retrouve ces fameux oculus, au nombre de trois, ouverture pratiquées dans le haut des plates-faces et dans lesquels s'inscrivent des croix grecques. malgré sa malheureuse transformation en 1959, l'instrument reste assez impressionnant par la "pâte sonore" de ses fonds. Si on prend soin d'éviter les jeux "néo-baroques" et que l'on considère la composition d'origine, l'orgue de Westhalten est une étape majeure sur le chemin du Romantisme : le positif de dos disposait de quatre 4 pieds, et un seul 2 pieds (et rien de plus aigus), car on se rendait bien compte de l'incompatibilité qu'il y a entre des jeux aigus aussi proches de l'auditoire avec les couleurs subtiles des fonds "en arrière plan". Si bien que ce positif est en quelques sorte le "grand-orgue" d'un orgue romantique dont le reste serait le récits. Pour preuve : on y trouvait une Aéoline (quatre 8 pieds). Evidemment, l'opération de 1959 est arrivée là-dedans comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, collant un peu de partout d'effarantes Cymbales et petites Tierces. Et les idées novatrices de Valentin ne peuvent plus être approchées qu'avec un bon effort d'imagination. La restauration de cet instrument (classé, mais 22 ans trop tard) devrait être une des priorités de l'Orgue alsacien.

Miniature 1841 : Zellenberg (région de Kaysersberg), St-Ulrich
Instrument actuel.
L'instrument fait partie de la "lignée Innenheim", et les deux buffets sont jumeaux. Modifié à la fin du 19ème, cet instrument a été joliment restauré dans son état de 1841 par Gaston Kern en 1976. La mécanique de la pédale est suspendue, ce qui n'est pas courant.

Miniature 1842 : Sewen (région de Masevaux), Bienheureuse Vierge Marie
Instrument actuel.
Cet instrument, reprenant à l'origine la même architecture qu'à Westhalten était muni d'une "Physharmonica 8' avec languette entrantes, en argent mélange, anches en laiton, avec crescendo et decrescendo" (devis). Ce jeu était donc expressif. Rinkenbach le plaça à plusieurs reprises. Il est révélateur du besoin de pouvoir contrôler le volume des jeux de l'orgue, nécessité esthétique qui conduira à l'apparition des récits expressifs (en boîte). Malheureusement, l'orgue fut fortement altéré en 1899, et perdit sa Physharmonica.

Miniature 1842 : Soppe-le-Bas (région de Masevaux), St-Vincent
Instrument actuel.
Partie instrumentale classée Monument Historique (05/11/1980).
Orgue authentique.
L'orgue est entièrement authentique (même la façade - même les étiquettes des jeux, qu'on retrouve à Bergholtz-Zell). Il y a une Physharmonica, ce jeu à anches libres, qui était plus cher qu'une Trompette, plus cher que la Montre, même ! Il n'en existe plus que deux en Alsace (l'autre est à Heimersdorf). Un clavier lui est dédié. Rinkenbach les réalisait encore à naturelles noires en 1842 : il n'allaient pas tarder à prendre l'aspect de claviers de piano. L'orgue de Soppe-le-Bas, avec ses tirants de jeux à pommeaux noirs avec points blancs est le témoin le plus fidèle le l'époque où l'Orgue conquit les campagnes. Il a été relevé en 2005-2006 par Hubert Brayé, l'inauguration ayant été effectuée par Michel Chapuis le 13/05/2007.

Miniature 1842 : Colmar, St-Matthieu Choeur
Remplacé par Antoine Bois (2000).
Cet orgue n'est plus à Colmar, mais n'en est que plus célèbre : offert par Soeur Chrysostome (organiste en 1842), il servait d'instrument d'exercice après le transfert de l'hôpital en 1937. Mais fut malheureusement endommagé lors d'un incendie, le 23/03/1968. La tuyauterie, excepté la façade (remplacée dans les années 20), fut totalement perdue. L'orgue a été racheté par Francis Chapelet, qui en a fait remonter le buffet à Montpon-Ménéstrol (Dordogne), finalement muni d'une partie instrumentale neuve, construite par Grenzing en 1982.

Sites  Vers le romantisme (1842-1861)

Physharmonica et console indépendante

On a déjà vu deux orgue Rinkenbach dotés d'une Physharmonica, ce jeu "d'harmonium" (mais bien sûr adapté à l'orgue), qui proposait une solution élégante pour rendre l'orgue expressif. La suivante sera placée dans l'orgue du Bonhomme dans un console indépendante. Reçu le 08/11/1842, c'était très probablement le premier orgue d'Alsace a disposer d'une telle console, qui permettait enfin à l'organiste de ne plus jouer "face au mur".

Miniature 1842 : Le Bonhomme (région de Lapoutroie), St-Nicolas
Remplacé par Joseph Merklin (1863).
Le jour de la Fête-Dieu 1858 (06/06/1858) un pétard mit le feu à un toit en chaume, et un grand incendie ravagea le centre du Bonhomme, réduisant en cendres l'église et l'orgue, sa Physharmonica et la première console indépendante d'Alsace. Si on peut regretter la perte de l'instrument de 1842, Le Bonhomme sut rester, malgré ce désastre, un des hauts lieux de l'orgue, et une bonne partie de l'histoire musicale du lieu restait à écrire. Après de nombreuses péripéties, on y trouve aujourd'hui un orgue assez exceptionnel, sur la plaque duquel on peut lire le nom "Rinckenbach". Il y a un "c" devant le "k", et 86 ans d'écart, mais toujours la même passion.

Miniature 1843 : Gougenheim (région de Truchtersheim), St-Laurent
Instrument actuel.
L'instrument fait partie de la "lignée Innenheim", mais dans une déclinaison "à la lorraine" (console latérale et buffet à fleur de tribune). L'instrument fut malheureusement très altéré par la suite.

Miniature 1843 : Beblenheim (région de Kaysersberg), St-Martin
Instrument actuel.
L'instrument fait aussi partie de la "lignée Innenheim", mais dans une version réduite en taille (cet orgue avait été conçu pour l'ancienne église mixte). A part la façade en zinc, le Violoncelle et le clavier, l'orgue est authentique.

Miniature 1843 : Bisel (région de Hirsingue), St-Colomban
Détruit durant la première Guerre mondiale. Remplacé par Georges Schwenkedel (1930).
L'orgue Rinkenbach fut reçu le 11/05/1843 (I/P 16j) par Georges Artzet (Hirsingue) et le fameux Antoine Ginck (Heimersdorf), qui furent enthousiasmés par la Physharmonica, qui "mérite réellement d'être signalé comme un véritable progrès". Le devis indique que le buffet était à 3 tourelles et 2 plates-faces (2m66 de large pour 4m de haut), qu'il était verni avec les sculptures dorées (ce qui renforce la présomption d'authenticité de cette finition lorsqu'on la trouve sur des orgues actuels). M8S8B8P4F4N223D2C5F3T8 et Physharmonica / B16F8F4T8.

Miniature 1845 : St-Hippolyte (région de Ribeauvillé), Ancien collège Ste-Marie
Instrument actuel.
Ce petit orgue, placé "au château" est assez atypique dans la production de Rinkenbach. Il est doté d'une console latérale, et fut gravement altéré en 1962.

Miniature 1845 : Kirchberg (région de Masevaux), St-Vincent
Instrument actuel.
Orgue authentique, sauf 2 jeux. Façade authentique.
Cet instrument est apparenté à ceux de Westhalten et Sewen (c'est-à-dire du "type Innenheim" avec positif de dos). Le positif de dos ne dépasse pas les 2'2/3, pour ne pas "écraser" le reste avec des petits jeux. Il est d'ailleurs doté d'une Voix céleste et d'un Salicional. Cela confirme que l'harmonisation recherchée devenait de plus en plus incompatible avec les positif de dos (surtout si on les dote de jeux tels que Tierces, Larigots ou Cymbales). Ceux-ci vont peut à peu disparaître, après avoir produit cette lignée "discrète" qui ne manque pas de charme, surtout dans les petits édifices. Une compétence qui avait été oubliées dans les années 1930 à l'âge néo-classique, et qui fut à l'origine d'échecs cuisants. L'orgue de Kirchberg, précieux témoin d'une évolution esthétique fondamentale, est resté remarquablement authentique.

Miniature 1845 : Oberbruck (région de Masevaux), St-Antoine-de-Padoue
Instrument actuel.
Très voisin de celui de Gougenheim, il possède aussi une disposition "à la Lorraine". Le buffet est une évolution de celui d'Innenheim, mais avec la tourelle centrale plate (cette particularité sera reprise par la suite). A l'origine à un seul manuel, il a été modifié depuis. Mais sa façade est d'origine. Oberbruck a moins de 500 habitants, un orgue... et un aérodrome.

Miniature 1846 : Hagenthal-le-Bas (région de Huningue), Sts-Pierre-et-Paul
Instrument actuel.
Partie instrumentale classée Monument Historique (2000).
Cet orgue fait partie de la "lignée Innenheim", mais cette fois dans une version élargie : il y a trois plates-faces et deux petites tourelles, ce qui donne à l'ensemble un petit air "Callinet". Mais l'ornementation et surtout les arcs en plein cintre des plates-face ne laisse aucun doute. Comme beaucoup d'autres de ses contemporains, cet instrument fut construit pour un édifice antérieur. L'instrument était probablement muni d'un positif de dos. Il fut victime d'interventions malheureuses, apparemment réalisées de façon peu scrupuleuses. Tirants à pommeau noir avec point blanc. Aujourd'hui (fin 2011), un projet de réhabilitation a été lancé (appel d'offres du 01/04/2011).

Miniature 1846 : Wittisheim (région de Marckolsheim), St-Blaise
Instrument actuel.
La disposition de Colmar ou Wittersdorf a ici été reprise, avec une ornementation plus travaillée (culots, entablements ajourés). L'orgue a été modifié par Edgard Wetzel.

Miniature 1846 : Liebenswiller (région de Huningue), St-Marc
Remplacé par Jules Besserer (1925).
L'orgue était apparenté à celui de Beblenheim. Le buffet, réduction sans tourelle centrale du célèbre modèle d'Innenheim a été conservé lors du remplacement de la partie instrumentale en 1925.

Miniature 1846 : Kappelen (région de Sierentz), St-Michel

L'orgue Rinkenbach de Kappelen (1846), était logé dans un buffet analogue à celui de Oberbruck (tourelle centrale plate). Les sculptures ont été commandées à Jean-baptiste Klem. L'instrument fut endommagé par l'incendie de l'église (l'ancienne église St-Michel), le 04/06/1866, mais "soigneusement nettoyé et arrangé" (François Antoine Ginck) l'année suivante. La transmission a été refaite en pneumatique en 1925 par Jules Besserer, pour porter l'instrument à 2 manuels (19 jeux). Mais à Kappelen, il est probable qu'on se moque bien de toutes ces histoires, vu que l'on préfère les sons synthétiques. Peut-être considérait-on un orgue historique indigne de l'édifice de Fernand Lavandier ?

Miniature 1847 : Kientzheim (région de Kaysersberg), Notre-Dame des 7 Douleurs
Remplacé par Curt Schwenkedel (1960).
C'est à Kientzheim que Valentin I avait épousé Marie Madeleine Bernhart (en 1829 ; elle y était probablement installée depuis de nombreuses années), la soeur du curé Jean Georges Bernhart. Le buffet est le modèle à quatre tourelles, avec positif de dos de deux tourelles. Les plate-faces dessinent bien entendu des arcs plein cintre, comme le veut le style Innenheim. Il y a aussi trois des fameux oculus, ouvrant le haut des plate-faces du grand buffet. Les culots sont dotés d'une ornementation spécifique. L'instrument a été tant modifié par la suite que sa configuration d'aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec le Rinkenbach de 1847. Il abrite un jeu provenant de l'église du pèlerinage Sts-Félix-et-Regula (Untere Kirch).

Miniature 1848 : Weckolsheim (région de Neuf-Brisach), St-Sébastien
Instrument actuel.
Cet orgue fait partie de la "lignée Innenheim", à un seul manuel, avec la tourelle centrale plate. L'anche du grand-orgue (une Trompette) est coupée en basse/dessus. Tirants de jeux à pommeaux noirs avec un point blanc. La pédale a été complétée ultérieurement, probablement par Martin Rinckenbach (jeux identifiés par porcelaines). L'orgue est resté très authentique.

Miniature 1849 : Seppois-le-Haut (région de Hirsingue), St-Hubert
Détruit par faits de guerre en 1916. Remplacé par Frédéric Haerpfer (1929).
Ce petit orgue avait un seul manuel : Bourdon 16', Montre 8', Bourdon 8', Salicional 8', Flûte 4', Nasard, Prestant, Doublette, Cornet 5 rangs, Fourniture 3 rangs et Basson/Trompette (avec un Tremblant) ; Soubasse, Flûte 8', Flûte 4' et Trompette ("Trombone") à la Pédale. Comme on le voit, l'anche est encore coupée, mais c'est pour un changement de jeu (Basson/Trompette). L'instrument a été détruit (avec l'église et pratiquement tout le village) en 1916.

Miniature 1851 : Battenheim (région d'Illzach), St-Imier
Remplacé par Franz Xaver Kriess (1923).
Cet instrument a été construit dans un buffet du 18ème, construit par Simon Burckardt de Jettingen, pour son orgue de Mulhouse. Valentin Rinckenbach y ajouta un positif de dos. La suite de l'histoire fut assez mouvementée, mais l'ensemble est plutôt intéressant, avec sa finition marbrée et ses dorures.

Miniature 1851 : Magstatt-le-Haut (région de Sierentz), St-Laurent
Remplacé par Joseph Rinckenbach (1924).
Le buffet "type Innenheim" a été conservé lors du renouvellement de la partie instrumentale en 1924. Sur le devis, les naturelles du clavier étaient encore en ébène. L'anche manuelle (une Trompette) était encore coupée en basse/dessus (entre c' et cis').

Miniature 1852 : Bischwihr (région d'Andolsheim), St-Joseph
Instrument actuel.
Cet instrument avait été construit en deux phases (1852 et 1862, d'où les deux dates retenues pour son achèvement). L'anche manuelle était un Basson/Trompette. L'orgue a été fortement altéré en 1956. Comme certains autres, ce buffet est peint en vert ; mais ce n'est sûrement pas d'origine, vu que le devis précise bien "couleur chêne" (et ornements dorés).

Miniature 1852 : Ruederbach (région de Hirsingue), St-Sigismond
Instrument actuel.
De nombreux orgues de la "lignée Innenheim", à un seul manuel à l'origine, ont été complétés par la suite. Ici, ce fut fait par Berger (successeur des Callinet) : il ajouta un second clavier à l'occasion de la réparation de dégâts provoqués par la foudre. A noter que la Trompette du grand-ogrue était encore coupée en basse/dessus.

Miniature 1853 : Rohr (région de Truchtersheim), St-Arbogast
Instrument actuel.
Le curé Philippe Michel Kister arriva à Rohr en 1841 après que la communauté locale eut usé 8 prêtres en 7 ans. L'église était délabrée. Lorsque, 22 ans plus tard, il partit, l'église était parfaitement entretenue et aménagée, et donc équipée d'un orgue. Vu le délai très court entre la commande et l'achèvement (30/10 - 25/11 "A la Ste-Catherine les orgues prennent pas racine"), cet instrument avait forcément été construit "en avance" par Rinkenbach. C'est une déclinaison avec les trois tourelles plates (et plus seulement la centrale) de son modèle "de base" pour les églises de campagne. Cette façon de procéder explique sûrement les prix très bas que pouvait pratiquer la maison d'Ammerschwihr à cette époque. Le clavier à naturelles blanches est peut-être d'origine. L'anche manuelle était un Cromorne/Hautbois (disparu en 1935).

Miniature 1853 : Fislis (région de Ferrette), St-Léger
Remplacé par Georges Schwenkedel (1947).
C'était, comme à Gougenheim ou Oberbruck la version "à la Lorraine" (à fleur de tribune, et console latérale) du modèle "Innenheim". Les naturelles du clavier étaient noires. Le buffet a été conservé, mais la partie instrumentale remplacée en 1947. Pour la première fois probablement, l'anche manuelle n'était pas "coupée" en basse/dessus.

Miniature 1855 : Grussenheim (région d'Andolsheim), Ste-Croix
Détruit par faits de guerre en 1945. Remplacé par Schwenkedel (1957).
Payé par cotisations volontaires (suite à un refus du préfet d'approuver la dépense), il fut posé en 1855. Après 90 ans de bons et loyaux services, cet instrument a été détruit en même temps que l'église qui l'abritait.

Miniature 1856 : Trois-Epis (région de Kaysersberg), Eglise de la Visitation
Remplacé par Martin et Joseph Rinckenbach (1904).
Le buffet était apparenté à celui du ancien collège Ste-Marie de St-Hippolyte, et la partie instrumentale, probablement très réduite comme là-bas, avait été remplacée en 1904. L'instrument fut à nouveau reconstruit en 1991, et le buffet fortement modifié.

Miniature 1856 : Reinhardsmunster (région de Marmoutier), St-Léger
Instrument actuel.
L'instrument appartient à la "lignée Innenheim", à un seul manuel à l'origine. Mais l'ornementation est ici spécifiques (jouées). Les couronnements ne sont pas des pots-à-feu; C'est Kriess, en 1927, qui a posé un second clavier (par division de l'existant) et a complété la pédale à 27 notes. Les anges musiciens ne sont évidemment pas d'origine. A nouveau, l'anche manuelle (Trompette au récit) semble avoir été munie d'un seul triant dès l'origine.

Miniature 1857 : Ostheim (région de Ribeauvillé), St-Nicolas
Détruit en 1945. Remplacé par Max Roethinger (1963).
On ne sait pas grand-chose de cet instrument, qui devait être assez petit (10-12 jeux manuels), vu que la Montre, lors de sa réquisition, était un tout petit peu plus lourde (41,5 kg au lieu de 40) que celle de Reinhardsmunster, mais comportait un peu plus de tuyaux : avec 37 en tout, dont 15 pour les tourelles, ce qui en laissait donc 11 pour chaque plate-face (au lieu de 9), comme à Staffelfelden par exemple.

Miniature 1857 : Wuenheim (région de Soultz-Haut-Rhin), St-Gilles
Détruit par faits de guerre en 14-18. Remplacé par Joseph Rinckenbach (1925).
Au cours de la guerre de 1914-18, pratiquement tout le village de Wuenheim fut détruit, en raison de sa proximité avec le champ de bataille de l'Hartmannswillerkopf.

Miniature 1858 : Ranspach-le-Bas (région de Huningue), St-Maurice
Instrument actuel.
Le buffet est apparenté à celui de Weckolsheim : c'est celui avec la tourelle centrale plate. Déménagé dans la nouvelle église (où il semble tout petit), l'orgue fut pas mal modifié par la suite, y-compris visuellement, puisqu'il reçut des couronnements... néo-gothiques.

De 1860 date l'orgue de Quingey (buffet Innenheim avec ornementation spécifique : jouées). Il a été relevé par Denis Londe et Nicolas Martel. (I/P 15j) [orgueLonde]

Miniature 1861 : Ohnenheim (région de Marckolsheim), St-Grégoire
Instrument actuel.
Un des épisodes cocasses de l'Arrêté Migneret, cette tentative de la Préfecture pour "standardiser" les compositions d'orgues. L'architecte, bras armé de la Préfecture en matière d'orgues, envoya ses observations au maire qui fit suivre au facteur. Le pauvre Valentin Rinkenbach fut donc prié de s'aligner sur un "Modèle G", pas du tout adapté au buffet ancien (Bergäntzel) qu'il devait conserver. Bien que modifié ultérieurement, cet orgue reste un instrument très intéressant : doté d'un positif de dos (qui est plutôt un récit en balustrade...), il est toutefois clairement "pré-romantique".

Miniature 1861 : Staffelfelden (région de Cernay), St-Gall
Instrument actuel.
Une nouvelle version du buffet de Weckolsheim, avec la tourelle centrale plate. Tirants de jeux à porcelaines, et bloc clavier paraissant neuf. La Trompette manuelle est aujourd'hui coupée en basse/dessus, mais il n'est pas certain que ce soit d'origine. L'instrument a été modifié, et eut aussi à souffrir du vandalisme.

Sites  Les frères Rinkenbach (1862-1870)

Valentin Rinkenbach mourut le 01/08/1862. Comme il avait travaillé depuis longtemps avec ses deux fils (essentiellement, même : il ne semble pas y avoir eu plus de 2 ou 3 ouvriers en plus d'eux à l'atelier), la transition se fit sans heurts. A peine relève-t-on quelques problèmes administratifs liés à la signature de devis. Mais comme Valentin II avait le même prénom...

Miniature 1862 : Rustenhart (région d'Ensisheim), St-Barthélémy
Instrument actuel.
Orgue authentique, sauf la façade.
Cet instrument remplaçait un autre orgue Valentin Rinkenbach, 1835, celui qui a été déménagé à Hettenschlag (celui sur lequel les oculus firent leur apparition). Le second orgue Rinkenbach de Rustenhart est le premier attribué aux frères Valentin II et Charles. Et la différence saute aux yeux, surtout du point de vue du buffet. Rompant avec le "jeu de construction" permis par les éléments du style Innenheim, c'est une disposition plutôt pyramidale que fut adoptée ici, avec des éléments néo-gothiques. Tirants de jeux à porcelaines, et clavier à naturelles blanches. La Trompette manuelle est coupée en basse/dessus. L'instrument n'a pratiquement pas été modifié, mais il était en mauvais état en 2008.

Miniature 1863 : Heimersdorf (région de Hirsingue), Sts-Pierre-et-Paul
Instrument actuel.
A la place de jouées, il y a des anges jouant de la trompette. Au centre, David jouant de la harpe. Dans le haut des plates-faces, deux des fameux oculus, et... une horloge. Il y a une Physharmonica (une des deux restant en Alsace, l'autre étant à Soppe-le-Bas). Les deux anches manuelles sont encore coupées en basse/dessus.

Vers 1863 fut aussi achevé l'orgue de Pagny-la-ville (21) restauré par Jean Deloye (Jura) en 1998.

Miniature 1864 : Mooslargue (région de Ferrette), St-Blaise
Instrument actuel.
Avec sa console indépendante (expressément demandée par la préfecture, le positif de dos étant en même temps refusé), cet instrument a été assez bien préservé : on n'eut a déplorer que des disparitions de tuyaux. Schwenkedel a complété des chames laissées libres. L'anche manuelle était coupée en basse/dessus.

Miniature 1863 : Rodern (région de Ribeauvillé), St-Georges
Instrument actuel.
Une étape déterminante. Cet instrument a été monté par le jeune Martin Rinckenbach (avec un "c"), qui reprendra la maison d'Ammerschwhir quelques années plus tard, et comporte de nombreuses nouveautés. C'est probablement le premier à disposer de jeux munis d'entailles (Montre, Prestant et Gambe), d'un accouplement des claviers et d'une Flûte octaviante (à la place d'une Flûte 4') au récit (toutes choses qui n'étaient pas prévues au devis - mais approuvées). Et les bourdons sont à calottes mobiles. L'instrument, richement orné, est disposé "à la Lorraine" (à fleur de tribune avec console latérale). Il était prévu au devis un emprunt au récit du Bourdon 8' du grand-orgue, mais le système n'a jamais bien fonctionné. L'anche manuelle est un Basson/Hautbois coupé en basse/dessus (deux tirants). A part trois jeux et la façade, l'instrument, le premier de la lignée qu'on puisse réellement qualifier de romantique, est authentique.

Miniature 1865 : Sundhoffen (région d'Andolsheim), St-Joseph
Instrument actuel.
Comme son contemporain de Rodern, cet instrument est disposé "à la Lorraine". L'anche manuelle est une Trompette/Hautbois (deux tirants). Tirants de jeux à porcelaines et claviers blancs. Le Principal et le Salicional ont des entailles de timbre. L'orgue est resté remarquablement authentique.

Miniature 1865 : Seppois-le-Bas (région de Hirsingue), St-Maurice
Détruit par faits de guerre en 14-18. Remplacé par Georges Schwenkedel (1930).
C'était un instrument assez important (II/P 23j) (selon les critères Rinkenbach), avec un positif de dos. Les deux anches manuelles (grand-orgue et récit) étaient coupées en basse/dessus. Durant la première Guerre mondiale, la localité fut presque entièrement détruite : ni l'église ni l'orgue des frères Rinkenbach n'y survécurent. En fait, le seul souvenir d'avant guerre semble être la statue en bois de Saint-Benoît.

En 1867 à Saint-Germain-le-Châtelet, les frères Rinckenbach posèrent un petit orgue (I/0P 9j, B8S8VC8M4F4NaCoBH(B+D)), relevé en 2009-2011 par Jean-Christian Guerrier. A quelques détails près (Tierce du Cornet), l'instrument est totalement authentique ; les naturelles étaient blanches dès l'origine. L'instrument a été inauguré le 28/05/2011 par Jean-Charles Ablitzer. [www.orgalie.com/] [www.saint-germain-le-chatelet.fr]

Miniature 1867 : Tagsdorf (région d'Altkirch), St-Blaise
Instrument actuel.
Le dernier orgue des frères Rinkenbach est aussi le plus impressionnant de la maison Rinkenbach jusque là. On peut dire qu'ils finirent en beauté. Disposition, ornementation, harmonisation... tout en fait l'égal des plus marquants des Callinet. C'est un instrument qui "signe" et clôt la période dite "pré-romantique". C'est à la fois une étape déterminante vers le romantisme, et une certaine forme d'aboutissement. Cet orgue d'exception est actuellement (fin 2011) en cours de restauration par Jean-Christian Guerrier.

Sites 

Style et façon

L'orgue entre en campagne

Aucun orgue de Valentin Rinkenbach et ses fils n'a été construit pour une grande ville (seules agglomérations où, partout ailleurs, on s'attendrait à trouver de tels instruments) : au 19ème siècle, en Alsace et en Moselle, l'orgue est entré dans les campagnes. Même les plus petites communes voulaient un orgue, et les Rinkenbach, comme les Verschneider, s'en étaient faits une spécialité. Cela explique que la plupart de ces instruments étaient de taille limitée (un seul manuel). Mais il était hors de question de se priver d'une pédale indépendante, de deux à quatre jeux. Même limité à une seule octave, le pédalier commande toujours des jeux spécifiques, et il n'y a pas de tirasse. L'anche manuelle (parfois les deux quand il y a deux claviers) est presque toujours coupée en basse/dessus.

Les Rinkenbach devaient, pour survivre face aux Callinet et Stiehr, pratiquer des prix très bas. En dehors des fameuses Physharmonica, il n'y avait guère de place pour les fantaisies. De plus, un grand nombre d'éléments étaient plutôt standardisés. C'est vrai pour les buffets, et aussi pour les compositions.

L'influence des Callinet est bien entendu très grande, ne serait-ce que par la quasi-nécessité de reprendre une bonne partie de leurs devis (qui faisaient référence). On retrouve dans les devis Rinkenbach certaines tournures et expressions directement issues des devis Callinet.

Conservation

Sur les 61 instruments décrits ici,

Cela illustre que ces instruments ont été construits de façon robuste, souvent "un peu chiche" (donc ayant motivé dans agrandissements ou des évolutions ultérieures, même dans les campagnes, où cela ne se pratique que rarement). Le "score" plutôt élevé (44%) d'instruments conservés s'explique aussi par l'environnement rural : rares étaient les époques où l'on pouvait se permettre de "rénover" les orgues ; et même dans ce cas ce n'est presque jamais uniquement pour des considérations "esthétiques", mais souvent une question de volume sonore ou d'usure. D'autre part, la nature même de l'esthétique "de transition", qui est déjà une sorte de compromis, explique qu'on a pas trop cherché à les "romantiser" à la fin du 19ème siècle, ni a trop les "baroquiser" dans la seconde moitié du 20ème. Ils ont quand même payé un lourd tribu à l'époque néo-classique (1910-1940) et aux années 1950-1980.

Références

Sources et bibliographie :

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