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An2000
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Photo
~ Les orgues de la région de Strasbourg ~

Strasbourg, Cathédrale Notre-Dame, Nef
Alfred KERN, 1981

Partie instrumentale classée Monument Historique le 05/08/1974
Buffet classé Monument Historique le 28/04/1975

     Buffet authentiquement Gothique. Pendentif de 1385.



Avant... A.KERN Après...

Composition, 2003
Positif de dos
56 notes
Grand-orgue
56 notes
Récit
56 notes
Pédale
30 notes
Montre 8' Bourdon 16' Bourdon 8' Montre 16'
Bourdon 8' Montre 8' Salicional 8' Soubasse 16'
Prestant 4' Bourdon 8' Prestant 4' Quinte 10'2/3
Flûte à cheminée 4' Prestant 4' Doublette 2' Flûte 8'
Nasard 2'2/3 Nasard 2'2/3 Sifflet 1' Flûte 4'
Doublette 2' Quarte de nasard 2' Cornet 3 rgs Contre-basson 32'
Tierce 1'3/5 Tierce 1'3/5 Cymbale 3 rgs Bombarde 16'
Larigot 1'1/3 Cornet 5 rgs Trompette 8' Trompette 8'
Fourniture 3 rgs (1'1/3) Grande fourniture 2 rgs Voix humaine 8' Clairon 4'
Cymbale 3 rgs (2/3') Petite fourniture 4 rgs Hautbois 4' I/P
Trompette 8' Cymbale 3 rgs   II/P
Cromorne 8' Première Trompette 8'   III/P
Clairon 4' Seconde Trompette 8'    
  Voix humaine 8'    
  Clairon 4'    
  I/II    
  III/II    

     L'histoire des orgues de la Cathédrale de Strasbourg est longue, parfois obscure, mais toujours passionnante, car en ces lieux se sont bien sûr manifestés les personnages puissants et les courants forts de la musique. Soumis aux influences musicales, politiques, esthétiques, cultuelles et culturelles, un grand-orgue de cathédrale n'a pas une vie facile.

Heureusement, à Strasbourg, la nomination, en Septembre 2002, de l'un de nos plus talentueux musiciens au titulariat de cet orgue, en la personne de Pascal REBER, est à n'en point douter l'une des meilleures choses qui soit arrivée à cet instrument, dont certaines parties surgissent du fond des âges.

On peut s'attacher au côté "Moyen-âge" de cet orgue. Certains y voient du SILBERMANN. Mais il faut avant tout prendre cet instrument pour ce qu'il est : un orgue des (belles) années 1980, d'une esthétique affirmée, qui fonctionne bien et qui fut patiemment harmonisé par son créateur, Alfred KERN, pour qui ce fut en quelque sorte le testament d'une vie d'organier fort bien remplie.

Un orgue fort bien adapté à sa mission, et fort bien mis en valeur.




Strasbourg, le 20/08/2003

Accroché en nid d'hirondelle du côté nord de la deuxième travée de la nef, l'instrument attire l'attention par son Buffet polychrome, mêlant le rouge, le vert, le bleu et les dorures. Il y a un Positif de dos, accroché à une petite tribune. Celle-ci est terminée par un pendentif richement orné, flanqué de deux célèbres automates : le Héraut et le Bretzelmann. A l'autre extrémité, les couronnements de son sommet se perdent dans les hauteurs, sous la voûte.

Le Buffet, prismatique (de plan semi-hexagonal), est authentiquement gothique (15 ème siècle), comme les couronnements, une partie des tuyaux de façade et bien sûr le pendentif, qui est encore plus ancien. Les Jouées le sont moins (elles datent du 18 ème) : on imagine l'orgue avec des panneaux peints permettant le de fermer pendant le carême.


L'histoire commence en 1260. La nef (il n'est ici question que des orgues de la nef : il y a eu de nombreux orgues de choeur et, depuis peu, un orgue de crypte) n'était pas finie, mais il fallut un orgue pour souligner la magnificence du lieu. De nombreux instruments se sont succédés jusqu'à nos jours, et on peut décomposer cette longue histoire en trois parties :

Les plus anciens témoignages.
La légende attribue la construction des premières orgues de la cathédrale au Dominicain Ulrich ENGELBRECHT. Mais elle se trompe, en raison d'une homonymie entre cet Ulrich Engelbrecht, érudit reconnu, élève d'Albert-le-Grand, et un chevalier du nom d'Engelbrecht, qui finança l'instrument.

Nous sommes en 1260. La nef n'est pas achevée (sa construction dura de 1252 à 1275). C'était sûrement un petit orgue, probablement placé près de la baie géminée surplombant la chapelle St-Jean-Baptiste (transept nord) (comme l'affirme le coutumier de Closener).

L'orgue de GUNCELIN de Francfort (1292).
Guncelin (Gunzelin, Guncelinus) de Francfort construisit pour Strasbourg, en 1292, un orgue certainement plus important. Sa présence est attestée par l'historien GRANDIDIER, sur la foi d'un manuscrit de l'abbaye de Saint-Blaise. On connaît même le prix : 500 livres deniers. Il est possible qu'il ait déjà été situé à l'emplacement actuel.

     Mais le 15/08/1298, lors du départ du duc Albrecht d'Autriche, l'un de ses cavaliers déclencha par inadvertance un de ces terribles incendies qui émaillèrent l'histoire de Strasbourg. C'était le 5 ème incendie de la cathédrale ; le feu prit dans les cordages de la tour nord, se transmit par la toiture de la nef et du bas côté nord, où il s'échappa. 355 maisons partirent en fumée, avec une bonne partie du toit de la cathédrale, les cloches et l'orgue de Guncelin.

L'orgue Claus KARLE (1327).
L'orgue des Trois Rois (1354).
Vus les dégâts à la ville et à l'édifice, on ne s'étonnera pas que la cathédrale soit restée presque trente ans sans orgue. Maître Claus Karlé (Karlen, Carlé), de Lohr, dirigea probablement les travaux, entre 1324 et 1327. C'était le premier orgue dont on est sûr qu'il était placé à l'emplacement actuel "au haut de la sixième travée de la grande nef, côté nord". L'emplacement s'explique par la possibilité de placer dans les combles l'imposante soufflerie des orgues de l'époque (6 à 12 soufflets de forge).

De taille certainement réduite, il disposait de volets, et était certainement déjà accompagné des automates, les Rohraffes, qui ont été placés par Clause Karlé.

Les Rohraffes datent en effet du début du 14 ème siècle, et existaient déjà en 1327. En tous cas, le "Bretzelmann" ne commença ses frasques que plus tard (vers 1490).

L'orgue est un peu plus tardif que la fenêtre des Trois Rois (mise en place par l'architecte KLOTZ), qui lui faisait face. Mais il est question, après son achèvement, d'un déplacement de la fenêtre des Trois Rois au-dessus de l'orgue, jusqu'au 15 ème siècle.

A la même époque, il est question d'un (autre?) petit orgue, qui prend parfois le nom d'orgue des Trois Rois, et qui aurait été construit de 1352 à 1354. S'agissait-il d'un orgue de transept ? (Il y a aussi les Trois Rois au portail du transept nord, et dans les vitraux.) Le plus probable reste que cet instrument avait prit la place du tout premier, dans la chapelle St-Jean-Baptiste.

Il est fait état d'une réparation, le 15/06/1378, par Conrad de ROTENBOURG (Rothenburg).

     Le 16/03/1384, des ouvriers travaillèrent au grand orgue, et placèrent leur brasier trop près du Buffet. L'incendie se déclara le lendemain (17/03), jour de la Ste-Gertrude, et ravagea la toiture "des tours à la coupole". De l'orgue Karlé, il ne restait bien sûr pas grand-chose. Mais les Rohraffes avaient survécu.

L'orgue du Pendentif (auteur inconnu, 1385).

Le pendentif.

Mais suite à cet incendie, on décida de reconstruire un orgue plus grand et plus beau (en tous cas plus orné). Dans une sorte de frénésie de reconstruction, on engagea des travaux très coûteux, qui durèrent un an. L'orgue fut achevé en 1385, et joué par l'organiste HENRI (ou Hessmann?) (le premier dont on ait retrouvé la trace, à l'exception de Jean GARTENER, qui paraît avoir officié comme organista ecclesie argentinensis avant 1372) tandis qu'un certain LAWELIN était souffleur.

C'est de cet orgue que date le pendentif, et fort probablement la tribune de l'orgue actuel. Tout en bas, se trouve Samson, maîtrisant un lion, dont un mécanisme permet d'ouvrir et de fermer la gueule.
Sur la clé, à l'extrémité inférieure, se trouvent trois anges musiciens, dont l'un joue du luth, l'autre de la guitare, et le troisième un orgue portatif.

La clé du petit pendentif (sous le Positif) figure deux "hommes sauvages", velus, qui se battent à coup de poings entre les branches d'un arbre.

Malheureusement, le nom de l'auteur de cet orgue reste inconnu : on admet souvent l'hypothèse qu'il s'agissait de Conrad de Rotenbourg, auteur de la réparation de 1378. Quant à la menuiserie, elle est certainement l'oeuvre de l'atelier de Michel de FRIBOURG.

Il est possible que cet orgue ait contenu des jeux d'Anches. Le chanoine Jacques TWINGER, de Koenigshoffen, atteste dans ses chroniques la présence d'une Pédale.

Vers 1400, on posa dans l'actuelle chapelle du Sacré-Coeur (à l'époque chapelle du St-Sépulcre : Ste-Catherine) un petit orgue, propriété de Thierry d'ERFURT (Thierry Münré), organiste à la cathédrale et probable successeur d'Henri/Hessmann. Il l'offrit à l'Oeuvre Notre-Dame (à moins qu'elle n'en hérita à sa mort, en 1402).

Le 02/12/1412, le facteur qui pouvait s'enorgueillir d'avoir construit les orgues de la cathédrale de Vienne, JOERG, proposa ses services à Strasbourg. L'orgue du pendentif ne devait pas être si mauvais état que ça, puisqu'on se passa vraissemblablement de ses services.

L'orgue de Michel GERLACH et Pierre GENERIS (1434).
Mais bientôt, il fallut reconstruire un nouvel orgue. On décida de garder le Buffet, et on confia les travaux de la Partie Instrumentale à Michel GERLACH (Grolach), de Leiptzig et Pierre GENERIS (Gereis) de St-Polten (St-Hippolyte, Autriche). Les travaux furent achevés pour Noël 1434.

Pierre Generis resta organiste à la cathédrale, sur l'orgue qu'il avait aidé à construire. Le 20/02/1480, il mourut aux claviers, en jouant le Salve Regina.

Près de la porte conduisant au grand orgue, on avait inscrit :
"Dive potens Jacob plagae protector Iberum
Supplicibus superbam gentibus affer open"

(Puissant St-Jacques, qui protège le pays espagnol,
Apporte le secours d'en haut aux peuples qui te supplient.)
A cette époque, rien n'était bien sûr innocent : "D'en haut" : voici une mission claire pour l'organiste-relais du secours divin.

De cette époque datent les premières plaintes au sujets des activités subversives du Rohraffe de droite, le Bretzelmann.

La partie Instrumentales des orgues gothiques.

     Du point de vue de la Partie Instrumentale, ces orgues gothiques avaient les traits suivants :

  • ils ne disposaient pas de Registres. C'étaient des Blockwerks (tous les Jeux parlaient en permanence).
  • Conçus pour adapter leur tessiture au chant, ils avaient généralement 3 octaves en commençant au Fa de 6 pieds. C'étaient des Fournitures (ou des Cornets), donnant le "8 pieds" et ses harmoniques (4', 2'2/3, 2', 1', parfois la Tierce 1'3/5). C'était donc des grandes Fournitures, progressives, dans les quelles on multipliait les rangs au fur et à mesure qu'on montait vers les aigus.
  • On appelait "Prospekt" la façade (la Montre), et "Hintersatz" tout ce qui se trouvait derrière. Et on ne parlait pas de Composition : le facteur se débrouillait pour que l'Hintersatz donne musicalement satisfaction.

Voici comment ils ont évolué jusqu'à la Renaissance :

  • A partir de 1300 environ, on trouve couramment des 16 pieds (des Bourdons), et parfois plusieurs claviers, qu'on peut jouer ensemble ou séparément. Les Jeux d'Anches étaient rares, et constitués de tuyaux à résonateurs courts.
  • Les pédaliers apparaissent aussi à cette époque (Louis VAN VALBECKE, mort en 1318).
  • On trouve alors généralement un clavier de Déchant (destiné à suivre le chant, i.e. le Soprano), un clavier d'Alto, un clavier de Basse, et une Pédale. Les Manuels ont entre 14 et 25 notes. Sur une (seule) note de certains claviers, on faisait parler une énorme Fourniture de 32 à 56 rangs, comme il en est fait état à Rouffach (où comme on en trouve une, nommée "La Force", à Weingarten). Ce devait probablement être la configuration de l'orgue de Claus Karlé.
  • A partir du 15 ème siècle, on voit apparaître des claviers plus grands, avec un chromatisme presque complet, et des Jeux d'anches multiples (dont des Trompettes à grands résonateurs).
  • On inventa aussi des mécanismes permettant d'isoler l'Hintersatz (par exemple faire parler les "Flöten" (Montres) toutes seules, puis d'extraire de l'Hintersatz (Fourniture) sa partie la plus aiguë, appelée "Zymbel"). Ces mécanismes prirent peu à peu la forme du Registre, cette coulisse à trous qui glisse sous chaque Jeu à séparer. Le Sommier à Gravures était né.

L'orgue KREBS (1491).

Le Positif, avec les "pinces du crabe".
(Krebs = crabe en Allemand.)

Frédéric KREBS (Krebser), d'Ansbach (Mittelfranken), plaça en 1491 l'orgue pour lequel fut construit le Buffet actuel. Ce Krebs était né à Schalkhausen, et avait bonne réputation : il avait réparé l'orgue de l'hôpital de Nuremberg (1477) et avait commencé, à Strasbourg, par reconstruire l'orgue de la chapelle du St-Sépulcre (1478). Il posa aussi des orgues neufs à Amberg en 1482 et à Coburg en 1487.

A Strasbourg, c'est donc un artisan réputé et expérimenté que l'on choisit en la personne de Krebs. Il conserva la tribune et le pendentif de 1385. Avec 24 mètres de haut, 8 mètres de large, (et seulement 1m20 à 1m50 de profond), ce Buffet est l'une des pièces maîtresses du gothique flamboyant.

C'est à l'évidence en raison de la hauteur bien plus grande de l'orgue qu'il fallut à nouveau déplacer la fenêtre des Trois Rois.

Une gravure d'Isaac BRUNN (1630 ou 40), conservée par l'Oeuvre Notre-Dame, montre la nef avec le Buffet de Krebs. Seule différence notable avec la situation actuelle : les deux corps de Buffet étaient munis de volets :

  • ceux du grand corps représentaient l'adoration des Rois Mages (en "compensation" un peu superstitieuse de leur déménagement ?),
  • ceux du Positif, une scène de Nativité avec la Crèche.

     A peine l'orgue achevé (et sûrement même avant), Krebs -dont la santé, sûrement, déclinait- et son neveu et élève Michel DÜRR (Durré) se lancèrent dans la construction d'un instrument "en imitation" (en fait un instrument construit en réduction) pour Haguenau, St-Georges.

Que sait-on de la Partie Instrumentale de l'orgue Krebs de la cathédrale ?
Son devis a disparu, mais on peut s'inspirer de celui qu'il rédigea pour Haguenau (ce dernier est d'ailleurs le plus ancien document concernant les orgues en Alsace).

Il y avait trois claviers (Rückpositiv, Hauptwerk, Brustwerk), dont les deux premiers pouvaient être accouplés. Il y avait 10 soufflets, et l'organiste disposait d'un système régulateur permettant de laisser échapper du vent si les souffleurs étaient trop zélés (en l'absence d'un système de régulation).
Cela laisse (un peu) imaginer le son d'une telle machine...

Si les orgues plus anciens étaient à coup sûr des Blockwerks, celui de Krebs fait débat. Il y avait probablement des Jeux (ou des rangs séparables), de façon à tirer, par clavier deux ou trois timbres différents.

C'est le terme "Usszug" qui fait débat. Il est utilisé dans le devis de Haguenau (19/06/1491), et c'est une caractéristique commune au projet pour Haguenau et à l'orgue de la cathédrale. Etait-ce un autre nom pour l'Hintersatz ? Ou plutôt une déformation de "Auszug" (extraction), indiquant que des rangs étaient séparables ?

Un décompte de tuyaux, comme il y en a beaucoup (et ils sont très rarement justes) donne :

  • 1234 tuyaux pour le Grand-orgue et la Pédale
  • 574 pour le Positif
  • 328 pour le Brustwerk

Le plus grand tuyaux donnait le Fa de 24 pieds (soit le Fa de l'octave de 32', avec le Diapason de l'époque). Il est probable qu'une partie de la Montre actuelle remonte à Krebs. Mais l'analyse des soudures tendrait plutôt à l'attribuer entièrement à Silbermann. En fait, le mystère reste à peu près entier.

     Sans avoir pu achever l'orgue de Haguenau, Frédéric Krebs mourut en 1493 dans la maison de l'Oeuvre Notre-Dame, puis fut enterré dans la Fosse de l'Hôpital.

Mais il a laissé sa signature : Krebs signifiant "Crabe", il a placé deux ornements, au-dessus du Positif, en forme de pinces.

De SUSS (1511) à NEUKNECHT (1609).


Les couronnements.

L'orgue Krebs avait à peine 15 ans quand on songea à la modifier en profondeur : les goûts musicaux étaient en pleine (r)évolution. L'avis du fameux organiste (aveugle) Arnold SCHLICK, de Heidelberg, à qui on avait fait visiter l'orgue, n'était pas étranger aux envies de renouveau.

On fit appel au plus renommé des facteurs d'orgues de l'époque : Hans Süss, de Cologne. Il s'agissait de modifier l'instrument et le doter de vrais Registres. Les travaux, fort importants (et concernant peut-être toute la Partie Instrumentale), durèrent de 1507 à 1511. Le Diapason fut haussé, mais en gardant la même longueur de tuyaux, si bien qu'on se retrouva avec un orgue en Mi.

     En 1524, la cathédrale passa une première fois à la réforme. Autels, statues de saints furent retirés, et l'orgue ne servit plus pendant un moment : il n'y avait plus que des messes basses, et l'orgue n'accompagnait pas les cantiques. On perd la trace des deux petits orgues, qui existaient peut-être encore vers 1520.

Au bout d'une quinzaine d'années, les Strasbourgeois voulaient à nouveau entendre leur orgue (qui devait, soulignons-le, être fort bon), et on le répara par deux fois, vers 1542 (Hans SCHENTZER, de Stuttgart) et en 1564 (Sigmund PEISTLE (Frinzle), de Fribourg-im-Brisgau).

Materne KREISS fut le premier organiste protestant de la cathédrale. Puis ce furent des musiciens illustres : les deux Bernard SCHMID (de 1564 à 1617) et Christophe-Thomas WALLISER fils (à partir de 1606).

     Mais l'orgue Süss avait alors déjà presque 100 ans... Maître Antoine Neuknecht, de Ravensburg, fut chargé de renouveler l'orgue pour le rendre compatible avec cette musique nouvelle : augmentation de l'étendue des Claviers, grand pédalier de 2 octaves, trois grands claviers à 4 octaves. Le Buffet fut conservé : les travaux furent achevés (ou interrompus ?) en Janvier 1609.

Neuknecht était probablement l'élève de Jörg EBERT, qui construisit l'orgue de la Hofkirche à Innsbruck. La soufflerie passa de 21 soufflets de forge (un seul pli) à 12 soufflets cunéiformes. Voici la Composition de l'orgue de Neuknecht :

Composition, 1609
Positif de dos
42 notes
Grand-orgue
42 notes
Brustwerk
42 notes
Pédale
21 notes
Principal 8' Principal 16' Principal 4' Soubasse 32'
Bourdon 8' Octave 8' Octave 2' Octave 16'
Octave 4' Mixture 14 rgs Quinte 1'1/3 Quinte 10'2/3
Flûte 4'   Nasard Posaune 16'
Quinte 2'2/3   Hörnlein  
Mixture 6 rgs   Cymbale 2 rgs  
Cymbale 4'      
Zinck 8'      
Tous les plans sonores commençaient encore au Mi (la longueur en pieds apparaissant dans la Composition donne la tessiture, et non la longueur du tuyau le plus grave du Jeu). Les Manuels, de 42 notes, allant jusqu'au troisième La. La Pédale jusqu'au deuxième Do.
Le Diapason était très élevé (Fa# 440 Hz probablement, soit une Tierce mineure plus haut que le diapason moderne).
Le Grand-orgue était encore en Blockwerk : le Principal 16' et son Octave jouaient ensemble, et la Fourniture ne fonctionnait que sur une seule note.

Commencement d'un motet de Gregor AICHINGER, 1622

Commencement d'un motet de Gregor AICHINGER, 1622

     Ce fut une époque musicalement très féconde, l'orgue devenait le "roi des instruments".

Puis ce fut la Guerre de Trente ans, son cortège d'horreurs et de destructions.

L'orgue TRETZSCHER (1660).
Après la Guerre de Trente Ans, on confia à Mathias TRETZSCHER (Troestler, Tretscher, Tretzscher), de Culmbach, la tâche de remettre l'orgue en état. Secondé de Tobias DRESSEL, il travailla à la cathédrale entre 1624 et 1660. Il fallait construire un vrai Grand-orgue (en supprimant le Blockwerk), augmenter l'étendue des claviers (dans le grave jusqu'au Do), et baisser le Diapason, qui avait probablement été haussé par Süss.
En effet, pour descendre au Do, Tretzscher ajouta quatre tuyaux. Comme il n'y avait pas de Do# grave, cela donnait : Do, Ré, Ré#, Mi. Pas de Fa : le Fa était donné par les tuyaux donnant au paravent le Mi).

Avec 33 Registres (30 Jeux), sur 32 pieds (toujours 24 pieds en Montre), c'était un grand instrument! Le Buffet et la façade furent conservés, mais les volets ont été supprimés, comme l'atteste une gravure de Pierre AUBRY, datant de 1673. Les volets ont été remplacés par des statues d'anges musiciens.

Voici la Composition de l'orgue Tretzscher/Dressel :

Composition, 1660
Positif de dos
48 notes
Grand-orgue
48 notes
Brustwerk
48 notes
Pédale
24 notes
Principal 8' Principal 16' Bourdon en bois 8' Soubasse 32'
Bourdon 8' Octave 8' Principal 4' Octave 16'
Viole de gambe 8' Quintaton 8' Octave 2' Posaune 16'
Octave 4' Spitzflöte 8' Quinte 1'1/3 I/P
Flûte 4' Quinte 5'1/3 Superoctave 1' II/P
Quinte 2'2/3 Superoctave 4' Nasard  
Nasard 2'2/3 Gemshorn 4' Hörnlein  
Sesquialtera 2 rgs Mixture 5-6 rgs Cymbale  
Mixture 4 rgs Cymbale 3-4 rgs Tremblant  
Cymbale 2' I/II    
  III/II    
Il n'y avait pas les Do# graves. Les Manuels ont donc 4 octaves et la Pédale 2. C'est une composition finalement très classique, qui prouve que la facture d'orgue était bien vivante en Alsace avant la venue d'André Silbermann.
Du point de vue du nombre des tuyaux, le chiffre de 1090 circule parfois. Répétés à l'envi, ces comptes d'apothicaire ne donnent pratiquement jamais un résultat cohérent lorsqu'on les confronte sérieusement avec une Composition. Le chiffre de 1090 ne correspond pas à la Composition de 1660, qui nécessite au grand minium 1800 tuyaux, sûrement plus (cela dépend du nombre de rang des Mixtures). André Silbermann, en notant la Composition ci-dessus, déclare avoir retrouvé 1992 tuyaux.

Il est probable, comme Robert PFRIMMER en fait l'hypothèse, que Tretzscher et Dressel aient ajouté 1090 tuyaux. Avec le 2136 qu'était censé contenir l'orgue Krebs, et environ un millier perdus ou irrécupérables (attaqués par le salpêtre), cela donne un tout cohérent.

Tretzscher posa aussi, en 1660, un second orgue, sur le jubé.
En 1661, la cathédrale repassa au culte protestant, et l'orgue du jubé fut transféré en 1681 au Temple-Neuf. Il disparut, repris par LEGROS, lors de la construction de l'actuel orgue de Ribeauvillé.

     En 1681, Louis XIV rendit la cathédrale au culte catholique. L'orgue fut alors tenu par Jean WALTER (de 1681 à sa mort, en 1689), dont le successeur n'est autre que le fameux Jean-Georges RAUCH, de Soultz. Il tint les orgues de la cathédrale de 1689 à sa mort, en 1710, et fonda une véritable "dynastie" d'organistes de cathédrale, qui se succédèrent à la tribune pendant un siècle.

L'orgue SILBERMANN (1716).



Une Jouée à acanthes,
du 18 ème.

Conformément à ses habitudes, André Silbermann souhaita ne rien conserver de l'orgue existant. En 1713, il rédigea un mémoire qualifiant l'orgue Tretzscher d'inaccordable et irréparable. Le Brustwerk était inutilisable. Il rapporte à peu près la Composition de 1660 (seulement "7 petits jeux hors d'usage" au Brustwerk ; une Gambe au Grand-orgue à la place de la Flûte 8' ; pas de 8' à la Pédale)

Silbermann voulait placer un orgue neuf dans un Buffet neuf, sous la rosace. Cependant, on lui imposa de garder la structure du Buffet gothique, dont il voulut remplacer complètement l'ornementation. Il produisit même une élévation montrant dans la moitié gauche le Buffet existant, et dans la moitié droite son projet.

Mais d'importants travaux, liés à des dégâts dus à des orages, avaient grevé le budget de cette année. On demanda donc à Silbermann de conserver le Buffet.

L'accord entre André Silbermann et l'Oeuvre Notre-Dame fut signé le 23/02/1714, et l'orgue achevé en Août 1716.


     Côté chiffres : un 3 claviers de 39 "registres", 2242 tuyaux, 6 Sommiers et 12 soufflets. C'était le plus grand des orgues Silbermann d'Alsace.

     Côté lyrique : la célèbre inscription, à l'entrée de l'orgue : "Er heisset Silbermann und seine Werk seynd gülden" ("Son nom est Silbermann (=homme d'argent) et ses ouvrages sont de l'or").

Mais l'homme d'argent, sur ce coup là, travailla a perte. Il était visiblement très difficile de ne pas se "faire avoir" par ces commanditaires, conscients du gain en image qu'ils apportaient à leurs fournisseurs, ils étaient plus que "durs en affaires".

En même temps (1714), on demanda à Joseph WALTRIN un orgue de choeur, cette fois pour le compte du Grand Chapitre.

Le Buffet gothique avait été sauvé. On supprima toutefois les volets, remplacés par des Jouées sculptées, mais aussi les ornements du pied des tuyaux au Positif. Des claires-voies furent modifiées, et on ajouta des encorbellements au grand Buffet. C'est à Bender que Silbermann sous-traita, comme à son habitude, la menuiserie.

Voici la Composition de l'orgue d'André Silbermann, toute "classique française", ce n'étonne pas de la part d'un élève de THIERRY :

Composition, 1716
Positif de dos
49 notes
Grand-orgue
49 notes
Echo
37 notes
Pédale
25 notes
Montre 8' Bourdon 16' Bourdon 8' Montre 16'
Bourdon 8' Montre 8' Prestant 4' Soubasse 16'
Prestant 4' Bourdon 8' Nasard 2'2/3 Octavebasse 8'
Flûte 4' Prestant 4' Doublette 2' Prestant 4'
Nasard 2'2/3 Nasard 2'2/3 Tierce 1'3/5 Bombarde 16'
Doublette 2' Doublette 2' Fourniture 3 rgs Trompette 8'
Tierce 1'3/5 Tierce 1'3/5 Trompette 8' Clairon 4'
Larigot 1'1/3 Cornet 5 rgs (D) Voix humaine 8' I/P
Fourniture 3 rgs Fourniture 4 rgs   II/P
Cymbale 3 rgs Cymbale 3 rgs    
Cromorne 8' (B+D) Trompette 8' (B+D)    
  Clairon 4' (B+D)    
  Voix humaine 8'    
Il y avait aussi les deux Tremblants. L'Echo commençait au deuxième Do, sauf pour les Anches, qui commençaient au deuxième Fa.
Notons qu'il n'y a pas de Flûte 4' au Grand-orgue, et que toute trace de Gambe a disparu. Silbermann ne doublait pas les Trompettes, par contre, sa Pédale est fondée sur un 16 pieds ouverts.
La Bombarde de Pédale était en étain, et la Flûte 8' métallique.

     En 1717, Silbermann amena Louis MARCHAND à la tribune.

Il y parvint le second jour : le premier, Marchand fit un de ses célèbres caprices et refusa de jouer, parce qu'il y avait des gens qui étaient venus l'écouter.
L'organiste parisien joua pendant trois heures "la totalité des registres".

La famille Rauch fournissait les titulaires de l'orgue. Silbermann eut pas mal de démêlés avec les frères Michel Joseph et Jean Georges Rauch. Michel Joseph, excellent organiste, a laissé l'image d'un piètre compositeur, très prétentieux et plutôt instable. Jean Georges, le cadet, lui succéda en 1733 et n'avait pas meilleure réputation.

Puis ce fut la grande époque des Kappellmeister d'exception comme François Xavier RICHTER et Ignace PLEYEL. Jean-Baptiste Rauch succéda à son oncle
Puis ce fut la fin de la Maison Silbermann (1786).
Puis ce fut la Révolution.

     En Mai 1796, Conrad SAUER, ancien ouvrier de Jean-André Silbermann se présenta pour remettre l'orgue en état (et changer le Diapason). Cela ne se fit pas, mais il était entériné que Sauer "succédait" à Silbermann. L'entretien lui échut, puis passa naturellement à Théodore Sauer. De nombreux devis de réparations furent rédigés.

Mais en 1833, alors que Joseph WACKENTHALER était Maître de Chapelle, on souhaita "compléter" l'orgue. Cela se fit en deux fois, et les travaux furent (assez curieusement) confiés à Georges WEGMANN, de Mackenheim.

Ce devait être pour Wegmann - à 28 ans - une promotion inespérée. Il n'avait pratiquement aucune référence : élève de Franz Joseph MARTIN (fils aîné de Mathias), à Waldkirch, il avait simplement pris la succession de Théodore SAUER après avoir été un moment son contremaître. Il n'avait fait à Strasbourg que quelques réparations lorsqu'il fut choisi par Wackenthaler et ses confrères.

     En 1833, Wegmann compléta l'Echo à 49 notes, en remplaçant le Sommier de Silbermann. Il y ajouta aussi 5 Jeux : un Principal 8', un Salicional 8', une Gambe 8', une Flûte 4' et un Hautbois 8' et retira la Tierce 1'3/5.
Au Grand-orgue, il ajouta une Bombarde manuelle, qui devait sérieusement perturber l'équilibre sonore et surtout l'alimentation en vent. Ensuite, il "répara" la soufflerie en 1842 (croyait-on que la gourmande Bombarde n'allait coûter que le prix des tuyaux ?).

     Mais Wackenthaler rêvait de CAVAILLE-COLL. Dès 1850, il élabora un projet, et fit établir vers 1869 des Devis "restauration" des orgues Silbermann par Merklin et Cavaillé-Coll. Mais l'Oeuvre Notre-Dame n'accorda pas ses subsides.

Puis ce fut l'époque du Kapellmeiser Franz STOCKHAUSEN.
Puis ce fut la guerre de 1870.

Les modifications de KOULEN (1897).

Gravure.

Le siège de 1870, rien que sur le plan culturel, coûta à la ville de Strasbourg sa bibliothèque, les Dominicains (et l'orgue Silbermann qui s'y trouvait), et bien d'autres destructions inestimables et irrémédiables.
La cathédrale avait été fortement endommagée (coupole, ornements, verrières), et l'orgue aussi (éclats d'obus, intempéries). Les Frères WETZEL (puis probablement Charles seul) effectuèrent (humblement et sérieusement) les réparations en 1873 puis 1876, tandis que la Maison OTT se chargeait des dorures et du Buffet.

L'instrument de la nef, entretenu par la Maison Wetzel, devait être en état dans les années 1890. Mais pour la liturgie, et dans la pensée de l'architecte KLOTZ, ce n'est plus un orgue de tribune qu'il fallait. L'orgue de choeur fut placé par Joseph MERKLIN en 1878. Il était destiné à remplacer le grand-orgue. Seulement, juste après son installation, les commentaires affluèrent et des idées surgirent. Le Merklin fut directement à l'origine des projets de "rénovation" de l'orgue de la nef.

Stockhausen voulait que les deux orgues puissent donner un tout cohérent, cela impliquait un changement du Diapason du Silbermann, donc des "réparations". Wetzel, Merklin et Cavaillé-Coll firent des devis. Merklin rédigea une lettre expliquant en quoi les modifications à apporter au "vieil et bon instrument" allaient être coûteuses.

On songea évidemment, comme ailleurs, à placer une Console électrique, et/ou à commander tout ou partie du grand-orgue depuis le choeur. C'était une époque féconde en fausses bonnes idées.

Puis l'hiver 1879-1880 - fort rigoureux - vit surgir les premiers dysfonctionnements du Merklin.

Merklin traita le problème avec la méthode des producteurs de logiciel du 21ème siècle : il proposa de faire fonctionner ce qui le devait déjà... à l'occasion de la fourniture de nouvelles prestations, encore plus coûteuses. A savoir : réparer l'orgue de choeur, à l'évidence fragile, à l'occasion de la "restauration" du grand-orgue.

     Entre temps, le Badois Heinrich KOULEN, élève de Merklin, s'était établi à Strasbourg. Fervent amateur de "systèmes" à la pointe du progrès, mais compliqués et fragiles, il était un excellent harmoniste et ne manquait en tous cas pas d'ambition. Ses éphémères machines étaient belles et enthousiasmantes. Koulen fit une proposition visant à pneumatiser le Silbermann le 11/04/1880. La Maison DALSEIN/HAERPFER se fendit aussi d'une proposition, mais un peu tard. Du côté du "progrès", Koulen s'attacha à attirer vers lui le soutien de l'évêché, et finit par l'obtenir.

Son projet ? Changer complètement l'alimentation en vent, et poser, comme transmission, un des premiers "systèmes" électro-pneumatique, SCHMOELE-MOLLS (comme à Strasbourg, St-Aloyse). Ajouter des Jeux et "parfaire" l'orgue Silbermann.

En 1889, on réunit une Commission. Et les projets divers avaient fleuri : même la Maison WALCKER, de Ludwigsbourg, proposa un projet, assez étonnant, puisqu'il s'agissait de réduire le Silbermann à 24 Jeux fortement harmonisés ! Il en vint de LADEGAST (Weissenfels, Saxe), WEIGLE (Stuttgart), SAUER (Francfort sur Oder), GOLL de Lucerne, et bien sûr Wetzel. Goll et Koulen finirent en short list, et le Strasbourgeois, évidemment, l'emporta, réunissant sur lui les suffrages du Maire et les recommandations de Merklin, qui, tant qu'à ne pas avoir le marché, avait décidé de favoriser son ancien élève.

Entre temps, GESSNER s'était bien rendu compte que les "systèmes" à la Koulen manquaient de fiabilité, en raison de la jeunesse des technique et de la faiblesse des matériaux utilisés, mais ce fut trop tard.

Mais il ne fallait pas toucher au Buffet, ni "altérer le caractère Silbermann"...
Le début des travaux fut retardé, car il fallut consolider les attaches.
L'orgue Koulen fut achevé en Mai 1897.
En plus des adjonctions de Wegmann, il fut ajouté au Silbermann 7 Jeux au Positif, 4 au Grand-orgue, 9 au Récit/Echo et 4 à la Pédale. Et plutôt que de conserver le "caractère Silbermann", il fallut bien que des tuyaux ressortent pour laisser entrer les neufs. Avec ses 42 Jeux, le grand-orgue de Koulen fut sujet à critique avant même l'achèvement des travaux. Il y eut des retards et des complications.
Et c'était un orgue "symphonique" dans lequel seuls quelques tuyaux de Silbermann avaient trouvé leur place. Le travail fut qualifié, sûrement avec raison, de "massacre".

Fort symptomatique du comportement de Koulen était le remplacement de la Flûte 8' de Pédale en étain de Silbermann par une Flûte 8', neuve et en sapin... En pratique, cela s'appelle "se payer sur la bête".
Quant aux tuyaux Silbermann réemployés, ils ont été entaillés et recoupés.

     L'orgue de la cathédrale ruina complètement la réputation de Koulen, qui partit s'établir à Oppenau.
In extremis, et en échange d'un acompte, le maire obtint de Koulen qu'il remette les Rohraffe en place.
Mais l'orgue de la cathédrale avait aussi été complètement ruiné par Koulen. VOGELEIS résumera ainsi l'affaire : "Wegmann et Wetzel avaient respecté le caractère Silbermann de l'instrument, mais Koulen se croyait appelé à corriger un chef d'oeuvre admiré des artistes, par un instrument moderne devenu inutilisable après peu d'années."

On ne reprocha donc pas tant à Koulen d'avoir fait périr un chef d'oeuvre (après tout, André Silbermann n'avait-il pas fait exactement pareil avec l'orgue de Tretzscher ?) que d'avoir produit une machine inexploitatble.

L'orgue ROETHINGER (1935).
Au début du 20 ème siècle, une fissure apparut dans un des piliers nord qui supportent le poids de la tour. L'inquiétante fissure se fit lézarde, grossissant sans cesse, et il fallut bientôt se résoudre à engager des travaux très importants, qui touchaient aux fondations elle-mêmes.

Il fallut construire des échafaudages de soutènement pour les voûtes nord, et donc démonter l'orgue, ce qui fut fait, en plusieurs étapes, juste avant le première guerre mondiale.

Et ce démontage eut lieu au plus mauvais moment.
Les autorités allemandes, qui réquisitionnaient l'étain partout où elles en trouvaient, descendaient les façades de tous les orgues, et pour les instruments démontés ou injouables, c'était l'intégralité de la tuyauterie métallique qui était envoyée à la fonderie.
On décida d'épargner la façade (qui est probablement antérieure à Silbermann, peut-être même de Krebs). Ce fut fait en partie, mais des tuyaux furent tout de même réquisitionnés par erreur.

     Après la guerre, ne nombreuses énergies furent mobilisées pour doter la cathédrale d'un orgue de nef.

Le projet consistait à construire un orgue neuf avec les Tailles (rapports dictant les dimensions des tuyaux, donc leur timbre) de Silbermann. Et surtout, avec une transmission mécanique (assistée par Machine Barker).

Bien sûr, les idées avaient évolué. On parlait de Monuments Historiques, d'authenticité, de traction mécanique. On regrettait le Silbermann. Charles-Marie WIDOR prit la présidence de la Commission chargée d'organiser le Concours.

Un appel d'offre fit produire des devis aux Maisons Cavaillé-Coll, GONZALES, JACQUOT, LAPRETE (l'ex-Maison RINCKENBACH), ROCHESSON et Roethinger.

     Cette fois, la short list se fit en 1933 entre Cavaillé-Coll et Roethinger, et le Strasbourgeois l'emporta.

Edmond Alexandre Roethinger avait appris le métier chez Koulen, mais aussi en Allemagne, essentiellement chez MËRTZ à Munich. Après quelques déboires essentiellement dus à ses tractions pneumatiques, Roethinger décrocha le marché pour l'orgue d'Erstein, et se forgea une bonne réputation.

Il s'améliorait d'année en année, et en 1930, sa facture était à un excellent niveau.
Le seul problème, pour Roethinger, c'est qu'il ne disposait absolument pas, dans son entreprise, des compétences nécessaires à la construction d'un instrument à traction mécanique.
En bon chef d'entreprise, il alla chercher la compétence chez ses concurrents, en la personne de SALMON, le spécialiste des mécaniques chez Cavaillé-Coll.

Mais en plus du caractère atypique de la transmission mécanique, il y avait le problème de la profondeur très limitée (1m20 à 1m50) et surtout du Positif de dos, qui nécessite des techniques différentes (Balanciers et mécanique foulante, les Soupapes n'étant pas tirées par des Vergettes mais enfoncées par des Pilotes). En Alsace, on n'avait pas construit de Positif de dos depuis les années 1870 (à quelques exceptions notables, comme Uhlwiller, 1878).
Roethinger ne savait vraiment pas comment construire cette mécanique pour un Positif de dos. Et à nouveau, il prit une décision pragmatique : il le fit en pneumatique. Et les Experts chargés de la Réception de l'instrument, tout aussi peu familiers que le facteur avec les mécaniques ne se rendirent compte de rien.

Après cela, on peut imaginer la situation des malheureux experts : critiquer la traction a posteriori eut été avouer leur incompétence.

     L'orgue Roethinger remplit son office. Il restait alors 250 tuyaux Silbermann dans l'orgue.
La Console était fort belle, avec des tirants à porcelaines et les mots "E.A. Roethinger Strasbourg" en grandes lettres blanches au-dessus du troisième clavier.

Composition, 1935
Grand-orgue
56 notes
Positif de dos
56 notes
Récit expressif
56 notes
Pédale
30 notes
Bourdon 16' Montre 8' Quintaton 16' Montre 16'
Montre 8' Bourdon 8' Bourdon 8' Soubasse 16'
Bourdon 8' Prestant 4' Flûte harmonique 8' Quinte 10'2/3
Salicional 8' Flûte 4' Flûte octaviante 4' Principal 8'
Prestant 4' Nasard 2'2/3 Nasard 2'2/3 Flûte 8'
Flûte 4' Doublette 2' Octavin 2' Prestant 4'
Quinte 2'2/3 Tierce 1'3/5 Viole de Gambe 8' Bombarde 16'
Doublette 2' Larigot 1'1/3 Unda maris 8' Trompette 8'
Cornet 5 rgs Cymbale 3 rgs Plein-jeu 3 rgs Clairon 4'
Fourniture 4 rgs Cromorne 8' Trompette harmonique 8' I/P
Bombarde 16' Trémolo Basson/Hautbois 8' II/P
Trompette 8' III/II Trémolo  
Clairon 4'      
I/I (4')      
II/I (8', 4')      
III/I      
A la lecture de la Composition, on en vient à regretter ce Récit expressif. Voici du Néo-classique dans toute sa polyvalence.
Il y avait bien sûr les Appels d'Anches (G.0. et Récit) et des Appels/Annulateurs pour chaque plan sonore. Il y avait aussi un Accouplement général.

     L'orgue Roethinger a été inauguré le 07/07/1935 par Charles TOURNEMIRE.

     Puis, peu à peu, l'ensemble se mit a vieillir. L'acoustique du lieu et surtout la situation de l'orgue n'est pas idéale pour un instrument de cette esthétique. La traction pneumatique du Positif, sur laquelle les Spécialistes avaient jeté un voile pudique se mit a donner des faiblesses. Les conditions (température, humidité) sont difficiles pour des éléments pneumatiques.

En 1959, Max Roethinger "baroquisa" un peu l'ensemble en s'inspirant de Dom Bédos pour rectifier les Pleins-jeux. Une audition fut organisée, avec Jeanne DEMESSIEUX, le 18/10/1959.

L'orgue KERN actuel (1981).

Le grand-orgue de la Cathédrale de Strasbourg,
26/08/2003.

Le 05/08/1974 la Partie Instrumentale du grand-orgue de la cathédrale, avec ses 250 tuyaux Silbermann, fut classée Monument Historique. Entre temps, la facture d'orgues avait fait de nombreux progrès, et connu d'autres mutations.

Grâce aux travaux de Michel CHAPUIS, on disposait non seulement pour les orgues de la cathédrale d'un projet esthétique cohérent, mais aussi une vue claire sur la façon d'y parvenir. Il ne s'agissait pas de reconstruire le Silbermann (il n'en restait objectivement à peu près rien), mais un orgue neuf adapté à son usage. Cette fois, plus question d'assistances pneumatiques : l'ensemble allait être entièrement mécanique.

La construction de l'instrument neuf fut confiée à Alfred KERN, qui savait que ce serait l'un de ses derniers travaux d'importance (après la Cathédrale, il supervisa encore la restauration de l'orgue Friedrich RING de Ribeauvillé, et ce fut son dernier travail). Il y mit toute sa compétence et toute sa rigueur. Si, à St-Thomas, il s'agissait d'une Restauration, il fut au contraire laissé une grand liberté à Kern pour la construction de l'orgue de la cathédrale.

Robert PFRIMMER, alors Maître de Chapelle, raconte à quel point le facteur restait patient, impassible et méticuleux, bien que la date de l'inauguration approchait. Le facteur travaillait hors du temps dans un Buffet qui était sorti du fond des âges. Cela reste le dernier orgue que l'on puisse réellement attribuer à Alfred KERN. Son fils Daniel prit sa suite à la tête de l'entreprise, qui a récemment fusionné avec l'autre Maison (Gaston) KERN.

     Le grand-orgue Kern de la cathédrale joua pour la première fois à la Pentecôte 1981. Il fut inauguré par Gaston LITAIZE, dont le programme allait de Titelouze à Messiaen et Litaize.

Technique

Diapason : La 440 Hz.
Tempérament : égal.
Transmission : mécanique suspendue (mais à Equerres pour le Positif et le Récit), neuve, avec Console en Fenêtre de A.Kern (1981).
Il y a deux Tremblants doux : l'un pour le Positif, l'autre pour le Grand-orgue et le Récit.
Soufflerie à deux réservoirs de Roethinger (1935).
Au Grand-orgue, il y a bien une Quarte de nasard 2' (une Flûte), qui prend à la Console le nom de Doublette.
Le grand-corps est à quatre étages. En bas, le soubassement avec la Console. Juste au-dessus, le Grand-orgue, en deux Sommiers, puis le Récit, lui aussi en deux Sommiers. Quant à la Pédale, elle est placée... tout en haut. La Montre de Pédale, vu sa situation par rapport aux Sommiers principaux, n'est pas postée, mais alimentée par un Sommier spécifique, commandé par une transmission à Equerres.

Voici la provenance respective des différents Jeux que l'on peut entendre dans l'orgue actuel :

Positif de dos
Montre 8'A.Silbermann (sauf 2 tuyaux E.A.Roethinger)
Bourdon 8'Wegmann, E.A.Roethinger
Prestant 4'A.Silbermann, A.Kern
Flûte à cheminée 4'E.A.Roethinger
Nasard 2'2/3Wegmann, E.A.Roethinger
Doublette 2'A.Silbermann, A.Kern
Tierce 1'3/5Stiehr, E.A.Roethinger
Larigot 1'1/3A.Kern
Fourniture 3 rgs (1'1/3)M.Roethinger
Cymbale 3 rgs (2/3')M.Roethinger
Trompette 8'A.Kern
Cromorne 8'E.A.Roethinger
Clairon 4'A.Kern
Grand-orgue
Bourdon 16'A.Silbermann, E.A.Roethinger
Montre 8'A.Silbermann, A.Kern
Bourdon 8'A.Silbermann, E.A.Roethinger, A.Kern
Prestant 4'A.Silbermann, A.Kern
Nasard 2'2/3Koulen
Quarte de nasard 2'A.Silbermann, A.Kern
Tierce 1'3/5M.Roethinger
Cornet 5 rgsE.A.Roethinger, sauf 8'
Grande fourniture 2 rgsM.Roethinger, A.Kern
Petite fourniture 4 rgsM.Roethinger
Cymbale 3 rgsA.Kern
Première Trompette 8'E.A.Roethinger, A.Kern
Seconde Trompette 8'E.A.Roethinger, A.Kern
Voix humaine 8'A.Kern
Clairon 4'E.A.Roethinger
Récit
Bourdon 8'E.A.Roethinger
Salicional 8'Dalstein/Haerpfer
Prestant 4'E.A.Roethinger
Doublette 2'E.A.Roethinger
Sifflet 1'E.A.Roethinger, A.Kern
Cornet 3 rgsE.A.Roethinger, A.Kern
Cymbale 3 rgsA.Kern
Trompette 8'E.A.Roethinger
Voix humaine 8'E.A.Roethinger
Hautbois 4'E.A.Roethinger
Pédale
Montre 16'A.Silbermann?, E.A.Roethinger
Soubasse 16'Koulen?
Quinte 10'2/3Koulen
Flûte 8'Koulen
Flûte 4'A.Silbermann, A.Kern
Contre-basson 32'A.Kern
Bombarde 16'A.Silbermann, A.Kern
Trompette 8'A.Kern
Clairon 4'A.Kern

Les Rohraffe : le Héraut et le Bretzelmann.

Le Héraut et le Rohraffe (Bretzelmann).
"Luej'a mol dô, d'Litt! Die welle alles wiesse!
Die wolle nomme immer alles wiesse!"

En 1490, Pierre SCHOTT rapporte l'histoire suivante : "On a juché une statue grossière sous les orgues de la cathédrale. On en abusait de la façon suivante. Aux saints jours de la Pentecôte, de tous les points du diocèse, le peuple se rend par esprit de dévotion et pour louer Dieu, en procession avec les reliques des saints, en la cathédrale comme à l'église-mère. Un loustic se cache derrière la statue. Par des mouvements désordonnés, des cantiques profanes et inconvenants criés à haute voix, il trouble les hymnes des pèlerins arrivants et les couvre de ridicule. De cette façon, il tourne la dévotion des arrivants en distraction, leurs pieux soupirs en rire, mais il dérange aussi les clercs qui psalmodient le saint office, il est cause d'une abominable et exécrable perturbation pendant le sacrifice de la ste messe".

     Les deux automates datent probablement des travaux de Claus Karlé (1327). Ils encadrent, depuis la pose du pendentif, un troisième automate, puisque, dans l'ornement figurant Samson maîtrisant le lion, un mécanisme permet d'en ouvrir et fermer la gueule.

Il n'est pas exclu que cet automate ait été sonorisé, ce qui permettait peut-être au lion du mugir. Cela expliquerait en tous cas la légende (fausse) donnant une voix à l'un de ses confrères lions de l'Horloge astronomique.

     A gauche se trouve le sympathique Héraut de la ville. Il peut emboucher sa trompette, qui est munie d'un drapeau figurant d'un côté la Vierge à l'Enfant, et de l'autre les armoiries de Strasbourg.
Il est debout sur un support sculpté figurant deux ouvriers écoutant la musique (bien que penchés en avant sous le poids).

     A droite, c'est l'affreux Bretzelmann, le hirsute vendeur de Bretzels (Bretstelles) : à l'époque, des brioches. Les forains en vendaient aux pèlerins affamés par leur long voyage. La réputation de l'automate ne tarda pas à déteindre sur toute la malheureuse corporation des boulangers, qui furent longtemps surnommés "Rohraffes", c'est-à-dire "Singe des tuyaux". Le mot désigne tantôt les deux automates, tantôt spécifiquement le hirsute Bretzelmann.
Ici, c'est son bras droit, et la bouche qui peuvent s'animer.
Les sculptures du support figurent aussi deux ouvriers, et ceux-ci amènent un sac de farine, une cruche d'eau et une jarre sel, c'est à dire les ingrédients pour confectionner les Bretzels.

Ce n'est donc pas un Ménétrier, comme on en a longtemps fait l'hypothèse.
La légende voulant que les automates aient été supprimés durant la Réforme (et remplacés depuis) est sans fondement : ils sont bel et bien authentiques, et datent du début du 14 ème siècle.

Bien sûr le "loustic" chargé de prêter sa voix au personnage, ne pouvait se cacher derrière la statue. En fait, il y a une trappe qui permet de se faufiler dans le pendentif. Et une ouverture en forme d'étoile (on la distingue encore sur une gravure de Jacob von HEYDEN de 1628) permettait de laisser échapper le son.

     En 1352, le Rohraffe fut victime d'une concurrence tout-à-fait déloyale. On avait en effet posé l'Horloge des Trois Rois (Dasypodius), qui était munie d'un automate impressionnant : un coq qui chantait et battait des ailes. L'altercation imaginaire et satirique entre le coq et le Bretzelmann est narrée dans une poésie du 14 ème siècle.

Vers 1500, le Bretzelmann ne s'était pas calmé, et ses frasques provocatrices et subversives étaient célèbres. Il est attesté que GEILER de KAYSERSBERG s'en plaignait dans ses sermons.

Et ce rôle, qui permettait de "dédramatiser" l'office de la Pentecôte correspondait à un besoin social bien identifié. Même s'il faisait l'objet des foudres officielles de Geiler, le Rohraffe (en fait les Münsterknecht, l'ouvrier de la cathédrale qui lui prêtait sa vois) était tout aussi officiellement rétribué par l'Oeuvre Notre-Dame ! C'était donc un persifleur professionnel, l'ancêtre des journaux satiriques.

     C'est probablement lorsque la cathédrale passa à la Réforme (1524 à 1549, puis 1561 à 1681) que le Rohraffe perdit sa voix...

Webographie :

Sources :

  • M. VOGELEIS, "Quellen und Bausteine zu einer Geshichte der Musik und des Theaters im Elsass, 500-1800" F.C. LE ROUX, Strasbourg, 1911
  • "Les Orgues de la Cathédrale de Strasbourg à travers les siècles. Etude historique, ornée de gravures et de planches hors texte, à l'occasion de la bénédiction des Grandes Orgues Silbermann-Roethinger, le 7 juillet 1935". Cette plaquette a été rééditée par Librissimo, Phénix Editions, 2002.
  • "Orgues, Organiers et Organistes de Notre-Dame de Strasbourg" - Mémoire présenté au Maître Facteur actuel de ces orgues, Monsieur E.A. Roethinger à l'occasion de son Septentenaire, par François Xavier et Jean Martin MATHIAS.
  • Encyclopédie de l'Alsace, vol II p 1225.
  • Plaquette "Souscription pour la restauration du Grand Orgue de la Cathédrale de Strasbourg", éditée en 1981, avec l'historique de R.PFRIMMER et la présentation de M.SCHAEFER.
  • M. POPIN "Musiques du Moyen-Age rhénan"
  • P. MEYER-SIAT, "Histoire des orgues de Stain-Georges Haguenau", Etudes Haguenoviennes Tome IX (1975)
  • P. MEYER-SIAT, "George Wegmann, Facteur d'orgues", AEA XXXVIII (1975)
  • M. BARTH, "Elsass, 'Das Land der Orgeln' im 19. Jahrhundert", AEA XV (1965-66)
  • Orgues Silbermann d'Alsace - Itinéraire commenté, ARDAM, 1991, ISBN 2-909371-01-8
  • Karl-Heinz GÖTTERT, Eckhard ISENBERG : "Orgelfuhrer Europa", Bärenreiter.
    Et on ne peut recommander trop chaleureusement l'excellent :
  • J.L. GESTER "La musique religieuse en Alsace au XVIIè siècle" (P.U.F. Strasbourg, 2001)

Activités culturelles :

    Le grand-orgue de la cathédrale est au centre d'une activité culturelle très importante. Les concerts y sont très nombreux. Citons toutefois :
  • 16/05/2001 : "Les secrets du Grand Orgue de la Cathédrale" (Audition et présentation, par Robert PFRIMMER, avec Maurice MOERLEN, Marc BAUMANN et Pascal REBER.

         L'orgue est aujourd'hui (depuis Septembre 2002 et Février 2003) tenu par 3 co-titulaires : Pascal REBER, Marc BAUMANN et Damien SIMON.

  • Saison 2003 : Du 18/07 au 12/09.
  • Pendant l'été, la messe du dimanche soir à la cathédrale est précédée d'une «Heure spirituelle».

Si vous recopiez des éléments de cette page pour des articles, plaquettes ou pages Web, citez vos sources. D'abord par simple honnêteté intellectuelle, mais aussi pour pouvoir pister d'éventuelles erreurs.
Dernière mise à jour : 12/06/2013 13:43:37

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